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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 22:46

Après l’effondrement de l’URSS début des années 90, les privatisations s’enchaînent et bénéficient notamment aux réseaux para-mafieux. Ils profitent de la situation déjà très précaire de la population  pour acquérir des appartements, terrains…à bas prix. La situation économique et sociale amène certain citoyen ex-soviétique à vendre le peu de biens qu’ils possèdent à un prix dérisoire.

 

En 1995, Slava, moscovite et technicien en chimie, n’a plus de travail. Il vient de se marier et déjà, le couple va très mal. Il enchaîne petits boulots sur petits boulots mais en vain, sa situation s’aggrave. Sa femme finit par le quitter  et par  rejoindre le berceau familial. L’appartement que le jeune couple occupait, appartenait certes à l’Etat d’une part mais aussi à ses parents. Il décide de vendre son bien pour pouvoir avoir un peu d’argent afin d’aller s’établir sur des terres plus prospères et surtout d’attendre des jours meilleurs.

 

1999 : Slava n’a toujours pas repris pieds. Maintenant, il s’est mis à boire. Entre l’alcool, la perte de son passeport, son amnésie liée à sa toxicomanie, il ne gère plus sa vie.

 

Au cours de l’année 1999, les attentats en Russie attribués aux séparatistes tchétchènes provoquent l’intervention militaire des troupes russes en Tchétchénie. La guerre reprend et de nombreuses annonces visant à recruter des volontaires fusent dans toute la Fédération de Russie. Le Kremlin offre 5000 $ aux volontaires qui voudraient bien s’investir dans ce conflit. Slava n’a plus d’argent. Le peu de capital acquis par la vente de l’appartement a été « bu » et « extorqué » sous diverses formes.

 

Il décide de s’engager en tant que mercenaire dans l’armée russe. Il est encore loin de s’imaginer le parcours qui l’attend.

 

Décembre 1999, il est affecté dans un régiment près de Grozny. Là, il a à faire à des supérieurs quasiment déjantés. Le premier jour, ils avisent Slava des tâches qu’il devra exécuter :

 

1- Si la veille, les Séparatistes se sont montrés virulents, il devra donner réponse à leur rebellion par :la pendaison d’une femme enceinte ou d’un enfant afin de montrer que leur race est loin de se reproduire. S’il refuse, lui aussi risque des représailles de la part de l’armée.

 

2- Si tout lui paraît calme dans un village quelconque, il devra faire sortir « les rats de leur trou » et tirer à volonté pour confirmer que les Russes sont bien là chez eux

 

3- Si toutefois, il avait la mauvaise idée de se confier à des journalistes, il serait en quelque sorte exécuté.

 

Slava est dans un piège. De plus, il avait pensé que son engagement dans l’armée lui aurait permis de se débarrasser de sa dépendance multitoxicomane. Apparemment, il réalise qu’il vient de glisser dans l’extrême.

 

Le mercenaire Slava qui s’était engagé quelques mois auparavant n’est plus du tout le « Rambo du Caucase » que les vapeurs d’alcool et de médicaments lui avaient fait miroitées. Tous les jours, il est soumis à des violences et des brimades de la part de sa hiérarchie et de ses camarades d’infortune qui eux, sont constamment dans les limbes. Slava est violé à plusieurs reprises car il a osé pleurer et qu’un mercenaire qui pleure est une « fiote ».

 

Mars 2000, il se trouve à 200 kms de Grozny, dans les montagnes. Là, il aperçoit 2 religieuses orthodoxes. Il n’a pas mangé depuis plusieurs jours. Sur lui, en tant que provision, il lui reste 25 grammes de résine de cannabis, 3 litres de vodka et des graines de tournesols. Il est mal rasé et sent mauvais. Il s’approche de ces deux femmes qui sans s’affoler déterminent l’état de détresse psychologique et sanitaire du « mercenaire ». Elles vont s’occuper de lui pendant 2 semaines. Déjà, au bout de 3 jours d’absence à l’appel, il est considéré comme déserteur ou mort.

 

Ces religieuses orthodoxes ont des relations avec des ONG internationales mais en Abkhazie. Slava décide de quitter la Fédération de Russie et de se rendre en Ukraine. Les 2 femmes préparent ainsi un plan « d’évacuation » du « mauvais mercenaire russe ». Il devra rejoindre une embarcation dans le port de Soukhoumi qui l’amènera jusqu’à Odessa en Ukraine en 2 jours de bateau. Ce n’est pas la première fois que ces « fées » de l’inimaginable interviennent pour sauver des âmes errantes et repenties.

 

En mai 2000, Slava est à Soukhoumi et se rend chez le « passeur ». Là, les choses ne se passent pas comme prévu. Slava donne 2000 $ de la solde qu’il avait reçu à son arrivée en Tchétchénie par l’armée russe. Cette somme prévoyait la traversée jusqu’à Odessa ainsi que le faux passeport ukrainien.

 

Un autre mercenaire déserteur fait également partie du voyage. Il est ivre et violent. Une bagarre éclate et Slava tue malheureusement son compatriote dans l’échauffourée. Il réalise que s’il prend ce bateau, il sera arrêté avec le largage des amarres. De plus, il n’a plus d’argent puisqu’il a tout donné au passeur. Donc, pour Slava, la solution est de retrouver le passeur et de récupérer son argent.

 

Juste à côté de l’embarcation, un bateau avec un pavillon chypriote est amarré. Il y a des belles filles, telles des sirènes. Elles parlent fort et sont ivres. Slava attiré par la suavité de ces belles créatures féminines et recherchant un peu d’affection, s’invite parmi ces jeunes « amazones », libérées, insouciantes.

 

Depuis son séjour chez les Nones orthodoxes, Slava s’est refait une petite santé. Il est beau garçon et se montre « gentleman ». Lorsque le « capitaine » de l’embarcation du navire remonte à bord, Slava est en bonne compagnie. Il est « sommé » de quitter les lieux immédiatement sinon les hommes de force (« Siloviki ») se chargeront du « transbordement » de Slava. Encore une fois, Slava, inconditionnel, répond par la force. 2 « Silovikis » sont assommés et jetés à l’eau. Là, le « capitaine », pas vraiment tranquille par les évènements décident de jeter l’ancre, direction Odessa.

 

Arrivé en Ukraine en août 2000, Slava n’est plus en mesure de travailler. Ses actes forcés en Tchétchénie lui hantent l’esprit ainsi que les 3 meutres en Abkhazie. Il ne peut plus fermer les yeux sans devoir revoir les images dont il est l’auteur et que son subconscient lui rappelle constamment.

 

Le « capitaine » a été arrêté en 2001 à Odessa et Slava s’est réfugié à Kiev dans des squattes.

 

Août 2006, le « capitaine » est libéré et retrouve Slava dans le quartier de la gare à Kiev. Slava a le sida et est malade alcoolique, toxico. Slava est presque mort et le « capitaine » a « sabordé » car il est fou allié suite à 5 ans d’incarcération dans les geôles ukrainiennes.

 

Eté 2011, il est 22 heures quand une habitante du  blok 15 du « Prospekt Pobedy » (Avenue de la victoire) rentre chez IMGP0260.JPGelle. Elle trouve un homme, un SDF allongé dans la cage d’escalier. Il ne respire plus. Son visage est détendu tel le « dormeur du val » mais de Kiev. Il sent mauvais. Elle appelle la police qui constate le décès de Slava Ivanovich Lunga, 44 ans, de nationalité russe, recherché pour désertion et meurtre en Russie et en Abkhazie. Slava, un criminel ? Paix à son âme !

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Published by worldwidepress - dans Russie-Tchétchénie
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