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24 octobre 2012 3 24 /10 /octobre /2012 22:28

De la traite négrière à la mondialisation, l’Afrique demeure  le sein nourricier des grandes puissances occidentales, et plus récemment celui des nouveaux pays émergents permettant ainsi à ces derniers de répondre à leurs besoins croissants en matière énergétique au détriment des besoins vitaux du continent africain en matière de développement.

 

La gangrène des PAS (Programmes d’Ajustement Structurel)

 

A l’issue des décolonisations et dans le contexte de la guerre froide, la plupart des économies africaines souffrent dés le début des années 70 de déséquilibres macroéconomiques et macrofinanciers : « déficit budgétaire, endettement étouffant, inflation galopante et déficit commercial chronique », menaçant ainsi la stabilité du continent. Les Etats africains, en grande majorité ont recours  aux programmes du FMI via les institutions de Bretton Woods (3). Les réformes ou plutôt les PAS (Programmes Ajustement structurel) consistent en tout et pour tout à instaurer des politiques d’austérité entre autres, la réduction des dépenses étatiques et particulièrement dans les secteurs de la santé et de l’éducation, ces mesures touchant majoritairement les plus vulnérables, notamment les femmes.

Parallèlement, ces Etats, déjà très affaiblis par un surendettement consécutif à une très mauvaise gestion en premier lieu, et des emprunts contractés et souvent détournés, continuent à perdre de leur souveraineté par rapport à leurs « donateurs », amenuisant ainsi tout espoir de développement. Mais quel développement ?

 

Ces PAS, sous entendant également l’intégration de ces Etats dans l’économie de marché mondialisé, démantèlent en même temps les économies locales et imposent ainsi une politique néolibérale non adaptée aux réalités de cet immense continent paradoxalement riche en matières premières mais dépossédé de tout contrôle sur son destin.

 

Pourtant, Joseph Stiglitz, ex-vice président de la Banque mondiale, avait déjà dénoncé tous ces programmes imposés à ces économies africaines, programmes qui ne tiennent pas compte des spécificités de ces Etats, en précisant que leur avenir était construit de l’extérieur, que les choix des partenaires était inapproprié et les décisions souvent prises par des responsables africains peu scrupuleux (3).

 

Cependant, la crise des années 90 et les guerres civiles et interethniques (1991-2001 : « La décennie du chaos ») (1)qui ont sévi sur le continent africain, ont cette fois-ci reconfiguré le statut de la femme dans cette société. Au cours de cette sombre période, en « multipliant de petits emplois » dans les secteurs informels, les Africaines ont assuré la survie de leur foyer, augmenté ainsi leur pouvoir social et gardé leur autonomie financière par des activités artisanales (2).

 

Avec 680 millions d’habitants, la population du continent africain est majoritairement féminine (+50 %). Employées pour les ¾  dans le secteur agricole, les femmes assurent 90% de la production de denrées alimentaires. Ce sont elles qui portent la santé des campagnes africaines.

 

Pourtant, confrontées à de multiples inégalités et contraintes par rapport aux hommes, telles que celles liées aux normes et traditions sociales, le non-droit sur le foncier, soit  sur les terres qu’elles cultivent mais qui ne leur permettent pas d’avoir accès aux intrants, la part d’héritage inéquitable pour les filles, les aléas de la polygamie qui en cas de mariage dissout ne permet plus aux femmes d’élever leurs enfants, les mariages forcés ou arrangés, les excisions et infibulations mettant leur santé  en danger, le fort taux de mortalité maternelle très élevé (866 décès contre 100 000 grossesses), un faible taux de scolarisation féminine (67%) et un accès aux soins quasiment néant, tous ces éléments, sans compter, les catastrophes climatiques (sécheresses, épidémies..), les guerres civiles et interethniques (1), ont finalement démontré que les Africaines étaient dotées d’une très forte détermination, une aptitude exceptionnelle à gérer, à anticiper, à décider, que leur personnalité ne se dessinait pas sous leur pagne (4), en faisant référence aux mutilations génitales montrées du doigt par les Occidentaux, mais se déclinait par leur poigne.

 

La femme africaine, véritable « bête de somme » (1), première levée, dernière couchée après la nième corvée,  « mère » qui porte, qui protège, nourrit ses enfants, veille à ce qu’ils ne manquent de rien, celle qui « dés leur naissance, les attachent, solidement, au dos, pagne noué serré, lien mille fois vérifié, tout en vaquant à leurs innombrables occupations,  celles qui « font corps » avec leurs petits et qui « sentent la moindre fièvre qui les affecte », celles qui « tremblent quand leurs enfants frissonnent », celles qui se minent quand leurs enfants grandissent mal car dans les classes surchargées, les enseignants aux salaires de misère par des plans d’austérité ne sont que dévalorisés, démotivés » (4).

 

Celle qui sait ce que c’est d’aller à la « bataille », (expression pour accouchement muskélé), et celle sur qui on compte « dans la prévention, la médiation et la résolution des conflits », personnalise à présent l’espoir dans le développement de ce vaste continent (5).

 

La « démocratisation imposée » a tout de même permis aux femmes de s’exprimer, d’accéder à tous les métiers et prendre une place importante dans la politique. D’ailleurs, le nombre de ministre femmes en Afrique est le plus élevé au monde (2).

 

Elles sont devenues les « interlocutrices interactives » des ONG et ont su s’organiser en réseau : coopératives agricoles, association de femmes….

 

A voir les « nanas Benz », (surnommées ainsi car après avoir fait fortune, elles roulent en Mercedes). Il s’agit de vendeuses ou marchandes de pagnes togolaises sans éducation qui  dans les années 60 ont su unir leur force en créant leur réseau et inonder de leurs produits toute l’Afrique de l’Ouest (1).

 

Même si le microcrédit fait encore défaut, le taux d’entrepreneuriat au féminin reste également le plus élevé au monde. D’ailleurs, en matière de financement, le système ancestral de la « tontine »,  dans lequel tous les « membres d’un groupe cotisent à un pot commun et dont la totalité est attribuée à tour de rôle à chacun d’entre eux » a montré depuis bien longtemps son efficacité en attendant d’accéder à la liberté « encadrée » du microcrédit. Ainsi au moment voulu, la « tontine » offre à chaque membre des sommes suffisantes à l’élaboration d’un projet (1).

 

aminata-traore-006.JPG

 

A présent, en favorisant l’accès aux femmes, à l’éduction, aux soins et à l’information, l’Afrique, cette Grande Dame, jusqu’à présent mutilée des fruits de ses entrailles, « excisée » (4) de ses richesses est à même d’imposer son image de « femme forte » au sens propre comme au figuré, ce « symbole » diffusé par des personnalités comme Aminata Traoré (a) et Wangari Mathaai (b) et sera très vite en mesure d’élaborer des politiques de développement adaptées aux réalités économiques, politiques  et culturelles africaines afin de décider d’un avenir plus serein et en nous mettant en garde sur ces plans d’austérité imposés actuellement au « Nord » à partir desquels se jouent à présent  notre destin.

 

 

Aminata Traoré - Lyon 20/09/2012

 

(1)http://www.scienceshumaines.com/la-femme-africaine-bete-de-somme-ou-superwomen_fr_14398.html

(2)http://web.worldbank.org/WBSITE/EXTERNAL/ACCUEILEXTN/PAYSEXTN/AFRICAINFRENCHEXT/0,,contentMDK:22851993~pagePK:146736~piPK:226340~theSitePK:488775,00.html

(3)http://ibrahimagassama.centerblog.net/4517626-Les-politiques-d-ajustement-structurelles-et-leurs-consequences-sur-les-crises-sociales-en-Afrique

(4) L’Afrique Mutilée d’Aminata Dramane Traoré et de Nathalie Mdela-Mounier – Editions Taama

 

(5) http://www.oecd.org/fr/csao/evenements/38518662.pdf 

 (a) Aminata Traoré fut ministre de la Culture du Mali et est auteure de plusieurs ouvrages : Afrique Mutilée, Afrique Humiliée, L’Etau, Le Viol imaginaire…

(b) Wangari Mathaai fut vice-ministre de l’environnement au Keynia (2003) 

 

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