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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 15:18

  Très souvent montrée du doigt par les pays occidentaux, la Russie semblerait être dans « l’incapacité » d’appliquer les principes fondamentaux de la démocratie tels que ceux fixés en Europe et en Amérique du Nord.[8]


Dans ce contexte, quelques néologismes viennent qualifier « la  démocratie à la russe » (1) : Infradémocratie, démocratie potemkine, démocratie illibérale (2), « démocratie dirigée » [8]

Ce constat qui pourrait s’avérer inquiétant, reste toutefois assez simpliste. En effet, l’arrivée de M.Gorbatchev et sa « Pérestroïka » fin des années 80 dont l’un des objectifs était la libéralisation du régime soviétique et l’instauration d’un système démocratique calqué sur le « modèle » occidental n’a pas eu les effets escomptés. Sous B. Eltsine, les réformes économiques et sociales (« Glasnost ») engagées pendant les années 90 dans le cadre d’une politique libérale et la transition vers « l’économie de marché » ont surtout amené une forte paupérisation de la population, l’émergence d’une oligarchie « pesante »  et méprisante, (« les nouveaux riches ») ainsi que  l’ingérence de certains acteurs « allogènes » très mal acceptée par les citoyens. Cet ensemble de points noirs sur la carte d’une nouvelle Russie plus juste et plus libre a d’une part plongé les Russes dans une profonde nébuleuse psychologique consécutive à la perte subite de leurs repères « traditionnels » et d’autres parts a contribué essentiellement au rejet d’un modèle démocratique à l’occidental, perçu comme  un nouveau « diktat ». Pour les Russes, la « Démocratie libérale » signifie « faiblesse décisionnelle » et « importation occidentale » (2). « Ce serait une pure hypocrisie » [2].

L’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, son programme de réforme et la mise en place d’une « verticale de pouvoir » soit le retour à l’ordre, ont été accueillis comme un soulagement par les citoyens. Pour les Russes des années 2000, V. Poutine est celui qui incarne la tradition et l’histoire russe, mais aussi celui « qui ne fait pas honte » (en faisant allusion aux frasques de B. Eltsine). L’opinion en général ne se base pas réellement sur l’aspect politique des partis mais sur la prestance du candidat.
Cependant, le succès de la politique de Poutine en matière économique et social reste aléatoire compte tenu que pour parvenir au redressement du système, notamment en matière de politique sociale, le « chef » du Kremlin a dû utiliser l’outil énergétique, soit l’augmentation du prix du  pétrole et du gaz (80% de ses exportations [6]), plaçant ainsi la Russie dépendante de ses ventes en ressources énergétiques.

Le parti de V.Poutine, Russie Unie, est « la force politique dominante » (70% en 2007) telle que nous connaissions  déjà dans  certains pays démocratiques comme le Japon  et son parti libéral-démocrate depuis 1945 ou la Suède avec le parti social démocrate de 1932 à 1976 [1]
Pour « Russie Unie », la « démocratie  souveraine » est basée sur un Etat fort et nationaliste, s’opposant à toutes ingérences étrangères [2] . En restant indépendante, elle assure une stabilité politique à l’intérieur de ses frontières « prospérité économique contre stabilité politique » [6]

En fait, la Russie fonctionne telle une « vraie » démocratie (par rapport à l’époque soviétique) : [6]
•    Elections libres pour la présidentielle et des représentants du parlement
•    Création d’une Chambre civile des droits de l’homme en 2005
•    Liberté de voyager
•    Diffusion de sa culture et ses réseaux d’information à l’étranger
•    Diffusion de la presse et chaînes étrangères en Russie

•    Possibilité d’exercer  sa propre activité commerciale
•    Possibilité de devenir propriétaire….

Cependant, le retour « programmé »de V.Poutine sur le fauteuil présidentiel en 2012 et donc, la victoire de Russie Unie, démontre que la Russie est bien une pseudo-démocratie [5] quant à son système « d’autoritarisme électoral » puisqu’en fait, il n’y a pas de concurrence  loyale entre le pouvoir en place et l’opposition [6]. De plus, le système «Poutine », soit maintenir une  stabilité intérieure et l’indépendance de la Russie, risque de mettre le pays en stagnation au mieux. Selon Alexeï Koudrine, ex-ministre des finances russes, forcé à démissionner en septembre  2011 après avoir manifesté son désaccord sur « l’arragement » entre V.Poutine et D. Medvedev permettant ainsi à Vladimir Poutine de reprendre la présidence, « l’augmentation programmée des dépenses militaires pourraient mettre en péril les  finances publiques », d’autant plus que les réformes engagées en 2008, lors de la crise financière, ont coûté des fortunes colossales qui auraient dû amener le chef du gouvernement à songer à de « sérieuses améliorations du reste de  l’économie » en commençant par assainir les institutions et le système juridique [5]  « investir dans la technologie » [6].
Ainsi, l’élection de V.Poutine en 2012 n’apporterait aucun changement [5]. M. Gorbatchev  a déclaré lors d’une interview: « Nous pouvons nous attendre à ce qu’il y ait aucune avancée à l’avenir si on ne  procède pas à de sérieux changements ». « Nous risquons  de perdre 6 ans ».[3]. « Pas de Russie moderne, sans démocratie ». « La modernisation peut se faire que si les gens, la population dans son ensemble, participe à la totalité du processus. Nous avons besoin d’une démocratie, nous avons besoin d’une amélioration du système électoral…faute de quoi, ça ne réussira pas. » Et pour conclure « La Russie est à mi-chemin de  sa transition, nous n’avons parcouru qua la moitié du parcours. Nous avons encore une énorme quantité de travail à accomplir » [6].
Face à cette réorganisation « subite » mais plus que prévisible  de la constitution dans le cadre des élections présidentielles 2012, la presse russe soulignait dans ces grands titres « l’autoritarisme électoral » dont est victime la Russie : « Poutine pour toujours : L’histoire s’est semble t-il arrêtée dans  notre pays, Poutine est notre passé, notre présent et notre  futur » (Moskovski komsolets). Pour le magasine des affaires « Vedomosti » : « l’échange de fonction prévu entre  M. Poutine et M. Medvedev ne montre aucun signe d’une volonté de régler les problèmes à long terme du pays. ».[3]
Toutes ces failles du système  démocratique en Russie amènent les médias internationaux à condamner sévèrement la « démocratie à la russe ». Jugement bien simpliste, basé seulement sur le fait que « la vie politique en Russie s’éloignerait à leurs yeux de l’idéal type de la démocratie » [1]. Jean-Robert Raviot, dans son ouvrage « Démocratie à la russe : pouvoir et contre pouvoir », montre, et de manière très claire les points  de  convergence  entre  « la démocratie post-soviétique et la  post-démocratie européenne » :
•    « La vie politique qui se transforme en feuilleton télévisé à épisodes ;
•    Le changement de mode de  scrutin
•    La  lutte contre  l’extrémisme pour mobiliser ses partisans et déconsidérer son opposition : certes en Russie, ce  sont les « libéraux » qui jouent le rôle d’extrémistes dévolu et en Occident, les nationaux. Mais la mécanique de manipulation de  l’opinion est la même ;
•    Le politiquement correct même s’il est différent à  l’Est et à l’Ouest. Le patriotisme en Russie, le mondialisme et l’antiracisme en Occident…..etc
Jean-Robert Raviot avec  beaucoup d’habilité et de réalisme, souligne l’échec de la construction d’une Europe démocratique, à en voir les inégalités sociales croissantes, de même que le « césarisme et le népotisme américain ». Il met en exergue les incohérences  des "vieilles démocraties dans l’application des principes même de la démocratie et dénonce l’attitude des Occidentaux qui persistent à « s’ériger » en des  donneurs de leçons.[1]

Les  évènements survenus dans le monde  arabe, la fin de certaines dictatures et les élections libres qui s’en sont suivies n’ont-ils pas eux aussi redéfini la « Démocratie » ?
Existerait-il donc plusieurs démocraties : « Vieilles démocraties » ou « Démocraties traditionnelles », les  « démocraties arabes », la « démocratie à la russe » ?

En tout cas, ces néodémocraties ou plus « pudiquement » ces démocraties en transition montrent clairement qu’aucune « recette » universelle n’est applicable en la matière. La démocratie dépend avant tout des réalités et de la configuration d’un Etat-Nation. Les ingérences occidentales directes et indirectes dans les problèmes internes de ces Etats en transition n’ont rien de démocratiques. La « démocratie occidentale » se pose dans les cas présents en véritable « diktat ».

Enfin, « Russes et Occidentaux ne peuvent pas se comprendre lorsqu’ils définissent la démocratie car ils s’opposent à la perception  du monde ».[2] Comment peut-on comparer et ainsi apporter une critique sur la gouvernance d’un pays, quand « l’ échelle » n’est pas comparable ? Faire  une comparaison entre la  « démocratie occidentale » et la « démocratie à la russe » relève « de  l’impossible » et surtout de l’irrationnel sachant que  la Russie est un pays gigantesque (11 fuseaux horaires), pluriethnique et pluriconfessionnel et dont les ambitions géopolitiques, basées sur une certaine nostalgie impérialiste ne permet aucune comparaison. Il semble que pendant encore quelques décennies, et ce tant que les intellectuels russes seront « étouffés » par le mammouth « matérialiste » et « autoritaire »  instauré par V. Poutine, les Occidentaux devront accepter, puisqu’ils n’ont pas le choix et qu’ils  ne se remettent jamais en question, cette notion de « démocratie à la russe ». Qu’elle soit à la russe ou à l’arabe, la démocratie a montré qu’elle pouvait se décliner selon les réalités et l’espace dont elle dispose.
                                                                                                                                                Ecrit par Chantal DOUPEUX 

Bibliographie
[1] Jean Robert Raviot « Démocratie à la Russe », Résumé : Guillaume Bénec’hSource Polemia 20 décembre 2008
[2] La Russie est-elle une démocratie ? - Contre-Feux.com     
www.contre-feux.com/.../la-russie-une-autre-conception-de-la-democ
[3] http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/09/26/avec-vladimir-poutine-a-la-presidence-la-russie-fera-un-bond-en-arriere-estime-mikhail-gorbatchev_1577716_3214.html#xtor=RSS
[4] http://lapresseaffaires.cyberpresse.ca/economie/international/201110/17/01-4457872-leconomie-russe-et-la-democratie.php
[5] http://www.lecourrierderussie.com/2011/04/01/sergei-ryjenkov-russie-pseudo-democratie/
[6] http://www.monde-diplomatique.fr/2010/10/INOZEMTSEV/19776
[7] http://www.lexpress.fr/actualites/2/pas-de-russie-moderne-sans-democratie-juge-mikhail-gorbatchev_899112.html
[8] Démocratie à la Russe par Marlène Laruelle P.90 à 93 – Manière de voir – Le Monde Diplomatique- N° 100 – Août/Septembre 2008

 

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