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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 17:12

transnistrieSituée en Europe du Sud-Est, la République de Moldavie ou Moldova, avec ses 4 millions d’habitants, 34 000 km² (soit l’équivalent de la Belgique) est enclavée entre la Roumanie à l’Ouest, et par l’Ukraine au Nord, à l’Est et au Sud.

 

Ce petit Etat, trés mal connu, et souvent "malmené" par les stéréotypes médiatiques, mérite cependant une certaine attention quant à sa position géographique, à la croisée des chemins de nombreuses civilisations  telles que les Scythes venus des steppes d’Asie centrale, les Thraces, les Geto-Daces, les Romains, les Daco-romains, les Magyars, les Saxons et l’influence de la « Sublime Porte » dés le XIVème siècle ainsi que celle de l’Empire russe dés le XVIIème de même que son passé au sein de l’Union soviétique.Enjeu géopolitique et souffre-douleur de des puissances qui l'entourent soit l'Union Européenne et la Fédération de Russie ? Peau de chagrin ou héritière d'un passé compliqué ?

 

Comprendre la République de Moldavie125px-Flag of Moldova svg

 

L’éthnogénése roumaine

 

Au cours de l’antiquité, des tribus venues de Thrace du Nord, soit la Bulgarie actuelle, s’installent progressivement dans toute la région du sud Est de la péninsule balkanique. Hérodote de Halicarnasse prétendait dans ses écrits que ces tribus étaient "les plus nombreuses du monde, après celle des Indes (Indiens)". Il est encore difficile de connaître l’époque exacte de leur implantation dans cette région mais les vestiges découverts en Bulgarie, Roumanie, Moldavie, Serbie, Macédoine et en Grèce démontrent que les Thraces avaient créé une civilisation florissante à l’âge de bronze

A l'âge du fer (environ 800 av. J.-C. - 106 apr. J.-C.), Les Thraces se divisent, en deux grandes branches: les Thraces proprement dits, au sud du Danube, et les Gètodaces, au nord du Danube. Appelés Daces par les Romains et Gètes scythepar les Grecs, les gèto-daces finirent par se mêler aux Grecs qui avaient installé des comptoirs au bord de la Mer Noire.

Afin de repousser l’avancée romaine, le Roi Burebista créa le premier Etat de Dace au Ier siècle avant JC. Malgré la résistance du dernier souverain dace, Décebale (87-106), à partir de l’an 105, après les victoires de l’empereur romain Trajan, la Dacie devint alors une province de l’Empire Romain jusqu’en 271. Les Daces furent ainsi « romanisés » par la culture et surtout la langue latine.

Malgré les multiples invasions barbares venues notamment d’Asie Centrale et de toute l’Europe dés le IIIème siècle, cette population daco-romaine conservera la langue latine et la culture avancée de l’Empire romain

Ainsi, la période du haut moyen âge en Roumanie actuelle et en République de Moldavie reflète les limites spatiales et temporelles de l’ample processus de la constitution du peuple roumain, une grande partie du contenu de sa culture matérielle et spirituelle.

 

Une  unité ethnique


Moldavia-roumanieC’est en  1359, que Bogdan Ier fonde la Principauté de Moldavie, un état féodal moldave afin de  s’opposer à la suzeraineté hongroise, royaume crée par les Magyars au (XIème siècle). Appelée Bogdania ou Bogdano-Valachie, la  Principauté de Moldavie s’étend des Carpates au Dniestr et s’inscrit sur la carte de l’Europe comme Etat souverain. Aujourd’hui, l’ancienne Principauté de Moldavie comprend 54 % de la Roumanie actuelle, 36 % de la République de Moldavie et 18 % de l’Ukraine

 

 

La République de Moldavie : Une particularité ethnolinguistique

 

La particularité de cette petite République est bien la composition de sa population multiethnique. La population moldave est majoritairement bilingue roumain ou moldave/russe. Composée de Moldaves (76.2%), d’Ukrainiens (10%), de Russes (8%), de Gagaouzes (4.4%) et d’autres minorités telles que des Bulgares, Juifs, Polonais, Tatars, Tziganes (Rroms), Pomaks(Bulgares musulmans, une très petite minorité dans le Sud de la République de Moldavie), Arméniens, la Moldavie rime avec multiculturalisme.

 

Cette répartition éthnique révèle à elle-seule l’histoire de ce petit pays.

 

Les populations russophones

 

En 1768, La tsarine Catherine II décide de prendre les bouches du Danube afin d’avoir accès aux « mers chaudes ». A la suite du conflit (guerre russo-turques), à l'issue duquel les Russes sortent vainqueurs, l’Autriche reçoit la Bucovine en remerciement de son soutien « diplomatique ».

En 1812, la Russie annexe la partie orientale de la principauté de la Moldavie ainsi que le Boudjak (région située sur les bords de la mer noire entre le Dniestr et le Prut) qui deviendront la Bessarabie dans son intégralité.

En 1856, à la fin de la guerre de Crimée (1854-1856),.le Boudjak est réattribué à la Principauté de Moldavie. En 1859, la Principauté de Moldavie et la Principauté de la Valachie se rattachent pour former la Roumanie.

Après la dixième guerre russo-turque 1877-1878, Le Boudjak est réincorporé à l’Empire russe. Suite à la révolution bolchévique de 1917, un « Soviet » ou « Sfatul Tãril » (Conseil du pays en roumain) se forme en Bessarabie consécutivement à la déclaration des droits des peuples pour l’autodétermination des nationalités au sein de l’ex-empire russe. Les Bolchéviks envahissent la Bessarabie. Les troupes roumaines, soutenues par les hommes du Général français Henri Berthelot, parviennent à stopper provisoirement la progression bolchévique.

En 1918, le « Sfatul Tãril » proclame l’indépendance de la République démocratique moldave de Bessarabie.

Face à la féroce répression des Bolchéviks en mars 1918, le « Sfatul Tãril » vote le rattachement de la République à la Roumanie, rattachement qui ne sera jamais reconnu par l’URSS. Cette républqiue deviendra en 1924 la Région socialiste soviétique autonome moldave (Transnistrie) sur le territoire de la République socialiste soviétique d’Ukraine (RSSU).

 

En 1940, l’Armée rouge conformément au pacte germano-soviétique d’août 1939 (pacte Ribbentrop-Molotov) envahit la Bessarabie et la Bucovine qui formera en août 1940, la République socialiste soviétique moldave (RSSM).

Ces tracés et redécoupages perpétuels des frontières, la politique de Staline, soit punir les uns pour récompenser les autres, la russification extrême, les purges, les déportations et les déplacements de population auront dés l’indépendance de la République de la Moldavie des conséquences dramatiques, notamment le conflit sanglant en 1992 qui opposa la région russophone séparatiste (soutenue par Moscou), soit la Transnistrie actuelle à la République de Moldavie (environ 500 morts). Bien que la situation semble à présent être sur une voie d’amélioration, ce conflit reste malgré tout gelé, quant au maintien de la XIVème armée russe sur la rive droite du Dniestr.

 

114PX-~1Cependant, actuellement, cette « république » séparatiste, constamment soumise aux clichés négatifs de la presse internationale et outre l’apparence austère des gardes frontières transnistriens, fait partie intégrante de la République de Moldavie. Seul le Kremlin et ses "sbires" ont toujours souhaité faire de cette région une « zone de contact », « de frontière par excellence » entre le monde slave et latin. Ce qui ne signifie pas que le patrimoine bien que très amenuisé par cette situation conflictuelle, un passé soviétique n’en est pas pâti. La population russophone sur cette zone sensible ou plutôt à enjeu géopolitique n’est pas plus xénophobe qu’à Kiev, Chisinau ou même que dans d’autres capitales européennes, contrairement à ce que peuvent prétendre certains médias internationax. Il est vrai que la maitrise de langue russe facilite la communication : « Iazik do Kieva dovidiot », vieux proverbe russe qui signifie « La maitrise de la langue russe t’aménera jusqu’à Kiev ».

 

120px-Transnistria State Flag svgEn créant une pseudo-république, un gouvernement, une constitution, une monnaie (le rouble transnistrien) et un DSCF0104 rsystème complètement « déphasé » de la réalité dés l’indépendance en 1991, le peuple s’est prononcé finalement pour un autre avenir en décembre 2011 et a montré le chemin de la sortie au fameux Igor Smirnov qui pendant 20 ans a entretenu des relations plus ou moins schizophréniques et avec Moscou et Chisinau. Ces élections apparemment « démocratiques » a amené cette fois-ci le le très jeune Evgueni Chevtchouk à la présidence de cet Etat fantôche, sans pour autant promettre une ouverture directe avec l’Ouest mais probablement un certain changement. Un avenir plus serein ?

 

Les Gagaouzes

 

Qui sont donc ces Gagaouzes ? Des fruits exotiques ? Une anecdote datant de l’époque tsariste alors que l’aristocratie russe ne connaissait pas du tout les sujets appartenant au grand Empire russe veut qu’une jeune fille d’aristocrates venue passer quelques jours en Bessarabie adressa un courrier à sa mère dans lequel elle évoquait son émerveillement quant à la richesse de ce grand « verger » qu’est l’actuelle Moldavie. Elle écrivit : « Il y a ici du raisin en quantité et encore plus de soleil. Il y a en abondance des fruits et des légumes ; et des Gagaouzes » et sa mère lui répondit « Crois-tu que tu pourrais nous ramener du raisin, des fruits et quelques conserves de ces Gagaouzes dont tu nous parles ».(4)

 

moldova-map-copie-1Les Gagaouzes, outre cette boutade sont bien un peuple qui depuis longtemps est sujet à débats. Selon Paul Wittek, Turcologue, les Gagaouzes seraient, d’origine seldjouke (une tribu turque ayant émigré du Turkestan vers le Proche-Orient avant de régner sur les actuels Iran et Irak ainsi que sur l'Asie Mineure entre le milieu du XIè et la fin du XIIIè siècle). Il seraient les descendants des fidèles du Sultan seldjouk Kay Ka’us.. Menacé par les Mongols, le sultan Kay Ka’us II, se serait réfugié auprès de l’empereur de Constantinople en 1261. Le basileus (empereur) lui aurait offert des terres de la Dobroudja, à l’époque « no man’s land » entre la Horde d’Or, la Bulgarie et l’Empire Byzantin en 1263.(2)

 

En 1296, Kay Kau’s donna son nom à cet nouvel état qui par « glissement sémantique » devint Gagauz. Suite à de nombreux déboires et rivalités au sein de ce peuple, certains sont retournés en Anatolie et d’autres, sous l’influence byzantine et slave, furent christianisés et se convertirent à la religion grecque orthodoxe. Lors de l’invasion ottomane menée par Bayasid Ier en 1398, les Gagaouzes remontèrent un peu plus vers le nord afin d’éviter l’islamisation.(2)

 

Même si cette hypothèse paraît la plus probable, les Gagaouzes eux-même réfutent la thèse d’une descendance seldjouke et d’avoir été musulmans avant d’être chrétiens, thèse appuyée pourtant quant aux nombreux mots d’origine arabe dans le vocabulaire gagaouze tels que Allah pour désigner Dieu.

 

Pour poursuivre, c’est surtout au cours du XVIIIème siècle, lors des guerres russo-turques (dés 1774) que les Gagaouzes fuient les zones de conflits de la Dobroudja pour se réfugier dans l’Empire russe afin de bénéficier de la protection de la Russie orthodoxe. Par vagues successives, ils s’installent dans le Boudjak, soit dans la région d’Izmail (sud-ouest de l’Ukraine) et de Bender (en Transnistrie actuelle).

Au XIXème siècle, en 1828 le Tsar Russe et le Sultan Ottoman font un échange de populations de part et d'autre des Bouches du Danube: des Bulgares et les Gagaouzes quittent la Bulgarie encore ottomane pour venir s'installer en Bessarabie, annexée en 1812 par l'Empire russe, à la place des Turcs et surtout des Tatars Nogays musulmans, qui y vivaient auparavant, et s'installent en Dobrogée (en turc « Dobruc-ili », en bulgare « Dobroudja », en roumain « Dobrogea »), dans l'actuelle Roumanie et autour de Varna dans l'actuelle Bulgarie.

 

Dés la création de la Roumanie lors du rattachement de la Valachie à la Bessarabie du Sud en 1859, les Gagaouzes remontèrent un peu plus au Nord dans la Moldavie actuelle où ils s’installèrent dans les régions de Komrat, (capitale de Gagaouzie) , Kangaz, Taraklia, Tchadir-Lunga et Vulkanetchi. qui forment aujourd’hui l’« Unité Territoriale Autonome de Gagaouzie » (UTAG). Environ 130 000 Gagaouzes vivraient sur cette zone. On retrouve également des Gagaouzes en Ukraine notamment à Odessa, Zaporodje et en Russie à Rostov sur le Don, près de la Mer d’Azov, en Bulgarie, dans les régions de Varna et Baltchik mais aussi en Asie centrale, au Kazakhstan, Ouzbékistan (certains ayant quitté le Boudjak lors des différents « plans » établis par l’administration soviétique).

 

Le Tsar accorda aux Gagaouzes de nombreux privilèges. En échange, les Gagaouzes se montrent tels de véritables serviteurs, des « dévoués » envers l’Empire russe, de la même manière que les Cosaques.

 

A la suite de l’effondrement de l’URSS, lorsque la RSSM (République socialiste soviétique moldave) déclare son indépendance en 1991, cette minorité turcophone souhaite le rattachement à la Russie et une « République de Gagaouzie ». Contrairement à la Transnistrie, les autorités à Chisinau et Stefan Topal leader des indépendantistes gagaouzes parviennent à un compromis. En 1994, l’autonomie de la Gagaouzie est reconnue par le parlement moldave et devient une « Unité Territoriale Autonome de Gagaouzie ». (UTAG) gagaouzie

 

432px-Flag_of_Gagauzia.svg.pngCette petite entité a sa propre université en langue gagaouze, le droit de posséder leurs propres emblèmes, et de se doter d'une assemblée législative (l'Assemblée de Gagauz-Yeri: Halc Toplosu) et d'organismes exécutifs spécifiques. Le gouvernement autonome a juridiction dans plusieurs domaines, notamment les sciences, la culture, l'éducation, les services communs de proximité, les services de santé, les services sociaux, les activités économique locales (budgétaires, financières et fiscales) et l’environnement.

 

 

 

La langue : roumain ou moldave ?

 

Hormis la période tsariste, la Moldavie et la langue roumaine est largement russifiée pendant l’ère soviétique alors qu’elle est devenue la République Soviétique Socialiste de Moldavie (RSSM): Utilisation et enseignement de la langue russe obligatoire, adoption de l’alphabet cyrillique. Certains linguistes, tel que M. Bruchis, qualifie le moldave russifié de « bouillie indigeste » ou de « monstre artificiel » selon Tatiana Slama-Cazacu « hésitant à parler de langue roumaine ». Cependant, ce « bricolage langagier » est typique « de l’espace ex-soviétique ». De nos jours, et depuis l’indépendance, la nouvelle génération s’exprime parfaitement bien en roumain et en russe.

Depuis son indépendance en 1991, la République de Moldavie a réadopté l’alphabet latin et la langue « moldave » est devenue la langue nationale « La limba noastra », hymne nationale dés 1994  sur les paroles du poète Alexei Mateevici :

Notre langue est un trésor
Enraciné dans les profondeurs,
Une chaîne de pierres rares
Dispersée sur notre patrie.

Notre langue est un feu qui brûle
Au milieu d'un peuple qui, sans nouvelles,
S'est réveillé d'un sommeil de la mort,
Comme le héros dans les contes……etc

 

Qu'est-ce donc que la République de Moldavie ?

 

Selon Matei Cazacu, géopoliticien, cet petit Etat est avant tout une "Frontière par excellence" (1):

  • Une "frontière géographique" :  C’est ici que finit l’Europe de l’Est et que commence la grande plaine russe qui se prolonge jusqu’aux steppes d’Asie Centrale (sans oublier les limites de la culture de la vigne)
  • Une "frontière politique" : La Bessarabie a été la limite septentrionale des empires romain, byzantin et ottoman

Pour Oleg Serebrian, la République de Moldavie ou plutôt, la Bessarabie, serait une "Ile Continentale, cette région étant située entre la Mer Noire, le Danube, le Dniestr (Nistru) et le Prunt, ces deux fleuves étant avant tout pour les Moldaves des bornes frontalières.(3)

 

Ø
ØEnfin, Carl Uhlig, géopoliticien allemand, définit cette petite  République comme une « Mésopotamie Miniature », toute son histoire étant liée aux conflits entre pays voisins. (3)
                    
                                                                                                                       Ecrit par Chantal DOUPEUX

Après de longues années de problèmes de gouvernance consécutives à une constitution non adaptée aux réalités du pays et qui ont laissé la Moldova en « Stand by » (sur le plan international et diplomatique) avec un président intérimaire pendant 3 longues années, le 16 mars 2012, cet Etat (sans traditions démocratiques) a fini par nommer son Président : Nicolae Timofti, magistrat, sans étiquette politique et qui espérons donnera une nouvelle vigueur et image à ce petit pays.

 

Une nouvelle ére commence donc pour cette petite République fragile mais qui pourra peut-être donner une réponse à Montesquieu dans "Lettres Persanes" : "Comment peut on être Moldave ?" (5)

 

Sources :

(1) : Un Etat en quête d'une Nation : La République de Moldavie : Matei Cazacu et Nicolas Trifon. Editions Non Lieu 2010. ISBN 978-2-35270-052-4

(2) : Les Gagaouzes : Etat des recherches. Sylvie Gangloff. CNRS ISBN 0082-6847 1998

(3) : Autour de la Mer Noire : Géopolitique de l'espace pontique. Oleg Serebrian. Décembre 2010. Editions Artège ISBN 978-2-36040-022-5

(4) ; Voyage au pays des Gagaouzes. Marianne Paul-Boncour et Patrick de Sinety. Editions Cartouche 2007. ISBN 978-2-9158-4218-0

(5) : Moldavie : Les Atouts de la Francophonie. Florent Parmentier. Editions Non Lieu 2010. ISBN 978-2-35270-076-0

 


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