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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 21:13

 

  L’Inde, près de 1.5 milliards d’âme, une société multiethnique, plurilinguistique et pluriconfessionnelle (majoritairement hindouiste), un pays en plein développement économique. Et pourtant depuis des décennies, « la plus grande démocratie du monde » est le théâtre de tous les crimes dont seule l’espèce humaine a la signature : assassinats, attentats, corruption, extorsions, scandales politiques, actes de barbarie tels que des pogromes contre la communauté musulmane et les viols odieux largement médiatisés au cours de ces derniers mois.

 

D’Ahmedabad à Dehradhun, de Chennai (Madras) à Bombay, la population s’offusque devant l’inertie du gouvernement indien bien trop affairé à se débattre dans les filets de machinations qu’il a lui-même mises en place et dont il lui est difficile de s’extraire à présent : un « curry de crabes » qui commence sérieusement à monter au nez des Indiens.

 

India against Crime (L’Inde contre le crime)

 

Copy-of-gyani7-copie-2.jpgGyanendra Singh est un travailleur social de 43 ans et un petit agriculteur du  village de Kashipur, dans l’Etat de l’Uttarakhand, au nord du pays, haut lieu de l’hindouisme, avec ses temples millénaires,  surnommé d’ailleurs « terre des dieux » ou « pays des collines » (anciennement état de l’Uttaranchal jusqu’en 2006), à la frontière du Népal (au nord-est) et du Tibet (au sud-est), état recouvert par les montagnes de l’Himalaya.

 

Tout commence en 2002, lors des affrontements dans l’état du Gujurat (nord ouest de l’Inde) opposant Hindous et Musulmans. 

Cette crise remonte à l’année 1992 quand la mosquée de Babri Masjid, à Ayodhya, en Uttra Pradesh (nord de l’Inde), érigée sous l’Empire Monghol (XVIème), fut rasée par des groupes nationalistes hindous. En effet, à la place de cette mosquée se trouvait les ruines d’un temple qui aurait été le « berceau » du dieu Rama .

Le 27 février 2002, le train, le Sabarmati Express ramenait de Faizabad (district d’Ayodhya), des nationalistes hindous qui revenaient d’Ayodhya où ils s’étaient rendus pour la construction d’un nouveau temple dédié à Rama. Un incendie se déclara dans un wagon et provoqua la mort de 57 hindous, dont 25 femmes et 14 enfants. S’en suivit un déferlement de violence qui, à la différence des conflits précédents, mit en évidence  l’ampleur de l’implication des acteurs politiques et du gouvernement du Gujurat  issus du Bharatiya Janata Party (BJP),le Parti du peuple indien (parti nationaliste hindouiste). Pendant trois mois, dans les villes mais également chez les populations aborigènes, complètement conditionnées par des réseaux militants nationalistes, les Indiens assistèrent derrière leur écran de télévision à une véritable guerre sainte : « Hindutva » (hindouïté, indianité ) contre Jihadisme. Bilan : 2000 morts, la plupart musulmans.

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En regardant les images sanglantes qui défilent sur son petit écran, Gyanendra réalise rapidement que ce « carnage » est bien la conséquence des machinations politiques du gouvernement ultranationaliste de l’état du Gujurat dont le comportement ne relève pas  de l’éducation de « Mother India ».

 

Fin février 2002, le « Pahari » (homme des collines) enfourche son vélo et part en mission pour une longue campagne de plusieurs mois contre le crime, les pogromes, la corruption…Il effectue 3000 kms de Kashipura à Dehli, périple durant lequel il donne des conférences dans des lycées, collèges et universités afin que les plus jeunes comprennent le drame qu’est en train de subir le « Swades » (notre peuple en Hindi)

 

 

 

Shri Gyanendra Singh réitère en 2008, 2011, et 2012inde_5-ITINERAIRE-copie-2.jpg et enfin, en 2013 où il prévoit un parcours de 8000 kms. Parti de Rameshwaram, sur l’Île de Pamban (50 kms de l’île de Mannar, Sri Lanka), Etat du Tamil Nadu, le 29 avril, après avoir bravé la chaleur torride et les pluies torrentielles de la mousson 2013, très précoce et meurtrière cette année, notamment dans l’état de l’Uttarakhand, dont il est originaire et où les inondations et éboulements ont provoqué la mort de 6000 personnes entre juin et juillet, il vient d’arriver à Bangalore, état du Karnataka, dans le sud de l’Inde. Il a bien une pensée pour sa famille qu’il a laissée en Uttarakhand, zone sinistrée, et dont il n’a pas de nouvelles. Il pourrait les appeler mais par crainte d’être perturbé et de devoir interrompre sa mission, il ne le fait pas. Durant cette expédition, sous l’œil bienveillant de Vishnu*,  le patriote à bicyclette traverse villages, hameaux et est hébergé dans des temples, des ashrams ou chez des particuliers qui lui ouvrent facilement leur porte. Il compte poursuivre sa route jusqu’à Ramnagar, grande agglomération de l’Uttarakhand. Il aura parcouru 15 000 kms au cours de ces différentes missions et toujours avec la même détermination. Namaskar* !

 

« Say enough to all that is wrong » : Stop à l’Injustice

 

mallika-png-1.pngMallika Sarabhai, danseuse, chorégraphe et activiste, vit justement dans cet état du Gujurat, tristement réputé pour ses violences intercommunautaires (de 1970 à 2002, le Gujurat a connu 443 émeutes entre hindous et musulmans faisant chaque fois des centaines de victimes.)

 

Fille d’une mère danseuse et d’un père chercheur dans l’aérospatiale, Mallika se lance dés 1984 dans l’activisme alors qu’elle conteste l’élection de Rajiv Gandhi, nommé premier ministre quelques heures après l’assassinat de sa mère, Indira Gandhi, perpétré par deux des gardes du corps sikhs.

 

En 2009, Madame Sarabhai annonce sa candidature contre le parti nationaliste hindouiste BJP. Candidate indépendante, sa démarche est basée sur le seul principe du Satyagraha, « principe de la non violence par  la désobéissance civile» instaurée par le  « Mahâtma » (Grand Sage) Gandhi.

 

Mais, c’est surtout à travers l’art, sous toutes ses formes, traditionnel ou improvisé, que Mallika atteint les gens avec des messages aussi variés que la nécessité de plannings familiaux en Inde, la lutte contre les violences intercommunautaires et leurs conséquences, la protection des petites filles, la lutte contre la pauvreté, l’absurdité du dowry (dot imposée aux femmes avant le mariage), la calamité des viols qui ont lieu toutes les trois minutes sur le sous-continent et bien d’autres combats.

 

D’ailleurs, la belle « bayadère » a  l’art de faire passer ses messages à coup de….ballet,mallika-2.jpg notamment même si Mallika se décrit  davantage  comme une « communicante » qu’une danseuse. Outre ces apparitions dans le cinéma indien, elle a reçu la distinction de « Chevalier des Palmes Académiques » en 1999 décernée par le gouvernement français qui la nomma en 2002 « Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres ».

 

 « Nous, le peuple… », Mallika et Gyanendra et tous les autres « appellent tous les peuples au refus de la violence et de la barbarie, au refus de l’indifférence envers les plus vulnérables, au refus de la haine » afin que notre monde engendre des « milliardaires de la paix ».


 

 

 

Chantal DOUPEUX

 

 


*Namaskar : « salutation »

* Vishnu : Dieu de la stabilité du monde, protecteur des humains

 

                                                                                                              

 

 

 

 

 

 

 

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Published by worldwidepress - dans Inde
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