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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 15:15

Crimée : La péninsule en eaux troubles

crimee,flotte russe,ukraine,otan,uss monterey,airway world -2011« Offerte » à l’Ukraine en 1954 par Nikita Khrouchtchev   lors du 300ème anniversaire de la réunification de la Russie et de la « Petite Russie » (Ukraine), la Crimée est depuis 1992 suite à la désintégration de l’URSS une République autonome rattachée à l’Ukraine.

Peuplée à 57.5% de Russes ethniques [1], la Crimée a toujours été depuis son annexion à l’Empire russe en 1774, la villégiature des tsars, « La Riviera » des Apparatchiks pendant la période soviétique, là où « tout ce beau monde » allait  profiter du climat doux qu’offre cette Presqu’Ile.  « Tête de pont », au sens propre comme au figuré, la péninsule devint pendant trois siècles un point stratégique, commercial et militaire, ouvrant la voie vers les Océans.
L’Union soviétique a dés 1991, soit après son effondrement, perdu 25% de son territoire et 55% de sa population [2], mais pour « l’âme russe », perdre l’Ukraine  et la voir s’éloigner a été un affront, une douleur que seuls les Russes sont à même d’exprimer. Le plus odieux fut surtout que ce mécanisme entraîna en même temps la perte de la Crimée, devenue ukrainienne de jure et de facto… D’ailleurs, la Fédération de Russie a reconnu l’indépendance de la République autonome de Crimée en 1997 seulement, reconnaissance reconductible pour 10 ans…En fait, la Russie joue depuis les années 90 la politique de la « passeportisation » (même « jeu » qu’en Abkhazie » compte tenu de la forte majorité russe dans ces régions, le droit ukrainien, ne permettant pas la double nationalité).
La Russie actuelle a perdu potentiellement de sa puissance   géopolitique sur ses frontières centre-européennes, sud-est européennes et centre-asiatiques.
Pour F. Thual, géopoliticien français : « La chute de l’Union soviétique a modifié la situation autour de la mer Noire parce que les Etats successeurs ont surtout amputé le littoral de la Russie sur la mer noire qui la contraint désormais à disposer d’un seul port important, Novorossik.   De plus, un nouveau pays, l’Ukraine, devient, géographiquement du moins, un acteur important dans la zone de la mer Noire ». Ainsi, pour la Russie, il  lui reste simplement la partie orientale du « Pont Euxin » (ancienne appellation de la Mer Noire), la Transcaucasie, abrupte et difficilement accessible quant aux massifs montagneux qui forment une véritable muraille  qui  ne simplifie pas un accès maritime direct. De gros investissements dans le port de Novorossik sont indispensables (dans la mesure du possible) si la Russie veut assurer et affirmer sa présence sur cette zone. D’ailleurs,   le sociologue russe Nikolaï Danilevski, déclarait dans son ouvrage « La Russie et l’Europe » (1865/1867) que « la nature offre à la Russie une forteresse maritime naturelle, comme il n’y en a pas deux dans le monde : la mer noire »

Cependant, depuis plus de 20 ans, le statut de la Crimée reste la « Pomme de discorde ».
Les Russophones en Crimée étaient favorables à un rattachement avec la Fédération de Russie ce qui fait que la flotte russe reste stationnée crimee,flotte russe,ukraine,otan,uss monterey,airway world -2011dans le port de Sébastopol malgré de nombreuses périodes de crises  entre la « Petite » et « Grande » Russie. Dés l’indépendance de l’Ukraine, les Nationalistes  ukrainiens avaient fortement conseillé à la marine russe de quitter la Crimée. L’instabilité politique en Ukraine, les répliques de Moscou concernant le prix du gaz et son pouvoir sur la distribution (les « on et off » intempestifs du Kremlin), la situation géographique de l’Ukraine en tant que territoire de transit d’hydrocarbures ont permis à la Russie d’imposer son « diktat »,   sur « La Petite Russie ». L’Ukraine aurait très bien pu répliquer en tant que nouvelle puissance régionale sur la zone pontique, réplique qu’elle n’a jamais pu imposer, et ce par manque de cohésion nationale et politique.

D’autre part, si on devait considérer que la marine russe quitte définitivement la Crimée, que l’Ukraine paie un lourd tribut pour son autonomie afin de se débarrasser du « joug russe », alors on assisterait à un véritable chaos économique sur la péninsule dans un premier temps sachant que sans les familles de « Marine’s russes » installées en Crimée, cette fracture engendrerait d’autres dissensions telles que la réhabilitation  des minorités, dont la principale, les Tatars de Crimée, déportés par Staline pour « collaboration avec les Nazis » accueillis comme libérateurs en 1941.
En effet, en Crimée, la discorde n’est pas seulement russo-ukrainienne. Les Tatars (12.5% de la population), comptent bien un jour ou l’autre reconquérir une partie de  leur territoire et au niveau démographique, leur population s’accroît bien plus rapidement que celle des Slaves puisqu’ils sont musulmans. Ils revendiquent désormais des structures éducatives (écoles, universités..) en langue tatare sans dénigrer la langue russe, langue administrative. Pour trouver du travail, le russe est indispensable  pas seulement en Crimée mais dans l’Ukraine tout entière (voir Ukraine : un Etat Gémellaire).

crimee,flotte russe,ukraine,otan,uss monterey,airway world -2011Pour l’Ukraine et la Fédération de Russie, la « Nation » est un énorme chapiteau associé à la spiritualité et l’armée. Chez les Slaves « L’âme » se construit sur  le pouvoir « militaire » et « spirituel ». Pendant l’Empire Russe, la spiritualité était fondée sur le christianisme orthodoxe et  le « potentiel militaire ». A l’époque soviétique, la spiritualité, « l’idéologie communiste »  suppléa l’orthodoxie mais le pouvoir militaire fut d’une certaine façon renforcé, les deux  « idéologies » devenant indissociables. (Hungtington « The clash of the civilisations, « Foreign Affairs » 1993 Nr 3, page 22-49).

Actuellement, bien que la péninsule de Crimée ait toujours été le théâtre de spectaculaires retournements depuis des siècles, elle se retrouve à nouveau confrontée à des tentatives de « Tsunami » dues à sa situation géostratégique. La « Tauride » (ancien nom donné à la Crimée), celle qui a accueilli des peuples venus d’Asie Centrale, d’Asie mineure demeure la « Pomme de discorde » entre la Fédération de Russie et l’Ukraine ». Après l’élection en 2010 de Viktor Ianoukovitch, pro-russe, les tensions entre Moscou et Kiev semblaient s’être sensiblement atténuées, le nouveau Président ukrainien dés Mai 2010 ayant accordé un délai supplémentaire au stationnement de la flotte russe de 2017 à 2042 à Sébastopol et autres ports de Crimée et ce dans le cadre des négociations du prix du gaz en Ukraine. V.Ianoukovitch  prétextait   éviter « une rupture entre deux peuples frères » (RIA Novasti)[1] et endiguer « l’ukrainisation  excessive» introduite par son prédécesseur Viktor Iouchtchenko, président pro-occidental de la Révolution Orange.


Pourtant, en Eté 2011,  « les forces navales  ukrainiennes et la flotte russe » ont bien mené des exercices russo-ukrainiens « Fairway world -2011 » afin notamment « d’améliorer les liens d’amitié » des marins russes et ukrainiens en faveur de la paix et de la stabilité dans la région…[3]. Parallèlement, l’Ukraine cherchait à intensifier ses liens avec l’OTAN dans le cadre du programme « Sea Breeze 2011 », le « Sea Breeze 2006 » ayant déjà provoqué des « éclats » de la part de séparatistes russophones en Crimée. D’autre part, des dissensions demeurent quant à la présence de navires de la NATO  (USS Monterey) qui « mouillent » à la frontière russe en mer Noire et dont la présence n’est pas réellement justifiée. [4].
En fait, l’Ukraine semble se départager entre les deux forces : candidate à l’OTAN, elle est également l’héritière directe de l’URSS sur la zone pontique, membre de la CEI et potentiellement future adhérente à l’Union  douanière instaurée par la Fédération de Russie et à laquelle elle est vivement conviée en tant que membres de la CEI. Dans ce cadre-là, l’Ukraine  montre plutôt son caractère inconstant qui la caractérise et surtout la fragilise. V. Inoukovitch, dauphin de L. Koutchma ancien Président de l’Ukraine (1994-2005) ne semble pas aviver la sympathie du Kremlin, le nouveau président ukrainien ayant auparavant montré son caractère versatile. En tout cas, la « péninsule » n’a pas fini de baigner en eaux troubles.

                                                                                                                                  Ecrit par Chantal DOUPEUX 
[1] RIA Novasti 10/06/2011
[2] Oleg Serebrian, Autour de la Mer Noire p 36
[3] Russie-Ukraine 24/05/2011
[4] Kommersant du 22/06/2011 (traduit du russe)

14:15 Publié dans International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : crimee, flotte russe, ukraine, otan, uss monterey, airway world -2011

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